Loi de Dieu et liberté des hommes : vieux problème et question pour aujourd’hui

Conférences de Credi 29 : Credi 29 vous invite à la prochaine conférence de :

Jean Louis Schlegel

Loi de Dieu et liberté des hommes :

vieux problème et question pour aujourd’hui

Sous ce titre, « Loi de Dieu et liberté des hommes », Jean-Louis Schlegel a publié en 2003 une réflexion qu’il se propose de replacer dans notre contexte politique et religieux.

1 – Faut-il se désoler que des courants fondamentalistes ou « intégristes » dénoncent l’autonomie morale conquise par la modernité ? Ou au contraire faut-il se réjouir du retour de la question du sens ? Mais entendre que « le christianisme est la foi de l’Amérique »  et voir ce qui s’en suit oblige sans doute à reconsidérer le problème.

2 – Critique de la modernité et « retour du religieux » : s’agit-il de pseudo remèdes à la crise de la pensée politique ? Quelle politique revient quand la religion s’en va ? et inversement…

3 – Et l’équilibre que par exemple, la démocratie française pense avoir trouvé il y a 120 ans, peut-il faire l’économie d’une réflexion sur les changements locaux et internationaux intervenus depuis et brûlants aujourd’hui.

Avec le soutien de l’Université de Bretagne Occidentale (UBO)

Jean-Louis Schlegel est philosophe et sociologue des religions, a été éditeur aux Éditons du Seuil et rédacteur en chef de la revue Esprit.

Notes prises lors de la conférence

MARDI 27 JANVIER à 20H – à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines Victor Segalen, 20 rue Duquesne à Brest. 

Europe et religions

Conférences de Credi 29 : Credi 29 vous invite à la prochaine conférence de :

Bernard Poignant

Europe et Religions

Comment les institutions européennes, depuis les fondateurs, considèrent-t-elles les religions ?
Et quelles relations entretiennent-elles avec elles ?
La pluralité religieuse a semblé, il y a quelques années, peu compatible avec l’idée d’inscrire les « racines chrétiennes » dans la constitution de l’Union…
Actuellement une supposée islamisation de l’Europe est un sujet qui revient, dont on voit qu’il influence les électeurs. Quelle est l’attitude et la réflexion du parlement européen sur l’islam ?
Dans le vote, catholiques, protestants et musulmans se différencient-ils ? si du moins la chose est mesurée ..
Aujourd’hui, loin des idées généreuses qui ont présidé à sa construction, le ciment européen semble devenu à dominante économique…

Bernard POIGNANT est agrégé d’histoire, ancien maire de Quimper, ancien parlementaire européen.

Avec le soutien de l’Université de Bretagne Occidentale (UBO)

MARDI 16 décembre à 20H – à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines Victor Segalen, 20 rue Duquesne à Brest. 

Extrait des notes prises lors de sa conférence

Islam et laïcité, avec Ghaleb Bencheikh

Mardi 27 mai 2025, Credi 29 a organisé avec le soutien de l‘UBO, une conférence de Ghaleb Bencheikh intitulée « Islam et laïcité ». Ghaleb Bencheikh est membre du Conseil des Sages de la laïcité et des valeurs de la République, islamologue, et président de la Fondation de l’Islam de France (FIF). Il est également producteur de l’émission « Questions d’Islam » sur France Culture.

L’assistance a été très intéressée par l’exposé très clair, argumenté de Ghaleb Bencheikh qui s’est attaché à déconstruire le mythe de l’incompatibilité structurelle de l’islam avec la laïcité. Pour lui, la loi est produite par la raison humaine pour « gérer la cité », elle s’applique aux hommes et la respecter s’impose à tous pour leur bien-être et permettre une vie apaisée. Il fait sienne la phrase d’Aristide Briand « c’est la loi qui garantit le libre exercice de la foi aussi longtemps que la foi ne prétend pas dicter la loi » et y ajoute que, en cas de conflit pour la vie commune, « la loi prime toujours la foi ». Pour lutter contre le radicalisme entretenu par certains courants de l’islam, il prône une réponse éducative et culturelle pour renouer avec l’humanisme et un avenir de paix et de fraternité pour tous les hommes.

Notes prises lors de la conférence

Une belle conférence de trois aumôniers aux JO 2024 avec Credi 29 et l’UBO

Mardi 29 avril, Credi 29, avec le soutien de l’UBO, a présenté  la conférence de trois aumôniers des JO 2024, James Hayes, Najat Benali, Moshe Lewin. La chaleur et la complicité de leurs échanges, le soutien mutuel, ont montré qu’au-delà de leurs différences, les religions peuvent être facteur de paix lorsqu’elles sont portées par des personnes d’écoute et de dialogue. Nous avons vu ce qu’est l’interreligieux en acte, un espace de fraternité. Nous avons été témoins de leur persévérance pour vaincre les réserves du CIO, dans le pays de la laïcité et pouvoir offrir leur soutien spirituel à tous les athlètes qui le souhaitent, comme le stipule la charte olympique. Cette entente exemplaire, dont nous avons pu ressentir toute la profondeur et la solidité, était très émouvante, facteur d’espoir dans l’avenir.

Islam et Laïcité

Conférences de Credi 29 : Credi 29 vous invite à la prochaine conférence de :

Ghaleb BENCHEIKH

Islam et laïcité

L’incompatibilité structurelle irréductible entre Islam et laïcité est l’un des plus préjugés les plus répandus et les plus tenaces.

Cette conférence permettra d’interroger les fondements historiques et sociologiques de cette assertion : quelle est la spécificité islamique dans le cadre des relations entre le politique et le religieux à travers les époques et jusqu’à nos jours. Ce sera aussi l’occasion de définir les critères de la modernité politique et intellectuelle que la pensée théologique islamique doit reconnaître afin d’entreprendre son aggiornamento.

Autant d’éléments qui pourront ouvrir le débat sur des perspectives d’avenir pour la nation française.

Ghaleb Bencheikh est islamologue et président de la Fondation de l’Islam de France (FIF). Il est membre du Conseil des sages de la laïcité. Il est également producteur de l’émission « Questions d’Islam » sur France Culture.

Avec le soutien de l’Université de Bretagne Occidentale (UBO)

MARDI 27 MAI à 20H – à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines Victor Segalen, 20 rue Duquesne à Brest. 

Journée mondiale de prière des femmes

La Journée Mondiale de Prière (JMP) des femmes est un mouvement œcuménique mondial initié par des femmes chrétiennes à la fin du XIXème siècle. Chaque année, les femmes d’un pays différent conçoivent et rédigent une célébration œcuménique pour une journée de prière commune, le premier vendredi de Mars.

La devise de la JMP « s’informer, prier, agir ».

Cette  année le thème « Venez ! Je vous donnerai le repos » a été choisi par les femmes du Nigéria.

https://journeemondialedepriere.fr/

Pour Brest, cette célébration aura lieu le Vendredi 6 mars à 15H, à la chapelle de la communauté des Soeurs de l’Agneau de Dieu, 85 route du Vieux St Marc, à Brest.

Pour Quimper, cette célébration aura lieu le dimanche 26 avril, à 10h30 , au temple protestant – 10 rue de Kergariou.

Peut-on parler d’indifférence religieuse ?

Conférences de Credi 29 : Credi 29 vous invite à la prochaine conférence de :

Jean-Marie DONEGANI

Peut-on parler
d’indifférence religieuse ?

Les sondages d’opinion estiment aujourd’hui que plus d’un quart de la population serait « sans religion ». La proportion n’était que de 10% en 1974.
Cette conférence expliquera pourquoi ce phénomène n’est pas la marque d’une indifférence voire d’un dédain envers la question religieuse mais plutôt la conviction de beaucoup de nos contemporains qu’une recherche religieuse dépasse toute appartenance particulière. La reconnaissance d’une pluralité d’options religieuses s’accompagne d’un primat de l’expérience personnelle et d’une recherche d’authenticité.

Avec le soutien de l’Université de Bretagne Occidentale (UBO)

Jean-Marie Donegani est politiste et professeur émérite des Universités.
Il est l’auteur de « La liberté de choisir. Pluralisme religieux et pluralisme politique dans le catholicisme français contemporain ».

Notes prises lors de la conférence

Mercredi 4 Décembre à 20H – Faculté des Lettres et Sciences Humaines, 20 rue Duquesne, 29200 Brest

« Chrétiens africains et ultramarins en migration : tensions culturelles et religieuses »

Journée d’études du CRBC : Chrétiens africains et ultramarins en migration : tensions culturelles et religieuses

Lundi 14 octobre 2024 – 9 Hfaculté de Lettres et Sciences Humaines Victor Segalen – UFR Lettres et Sciences humaines, Brest, bâtiment C, 3e étage, en salle C219.

Cadre et objet de la journée

Cette journée est consacrée à des aspects peu connus des migrations. Si les questions de l’Islam et de son intégration dans une société sécularisée et laïcisée sont depuis longtemps des questions publiques et politiques, celles de la présence de créoles ou d’Africains dans les communautés catholiques ou protestantes génère des tensions plus discrètes mais plus ou moins aiguës et qui modifient parfois substantiellement les « styles » religieux établis. C’est ce que l’on peut observer dans nombre de communautés protestantes « évangéliques » où les migrants sont de plus en plus nombreux, et même dans des paroisses catholiques.

Le phénomène a été étudié méthodiquement dans des paroisses catholiques de Lyon et Paris  sous l’angle des modes d’expressions propres à des migrants et des tensions qu’elles peuvent provoquer parfois avec le clergé et les fidèles habituels
Outre des analyses de terrain et dans le prolongement du travail mentionné ci-dessus, nous introduirons dans cette journée une réflexion illustrée sur l’usage réfléchi de la photographie comme instrument d’objectivation et d’interprétation, qui nous semble utile et féconde pour les terrains « anthropologiques ».

Centrée sur les comportements liturgiques, sans écarter d’autres dimensions, une partie de cette journée s’inscrit dans le champ large des questionnements sur la culture et l’identité. Les pratiques et productions collectives dans la liturgie sont analysées de manière différenciée avec, souvent, des questionnements de premier plan, portant notamment sur des dimensions symboliques fortes, des conflits ou luttes de propriété symbolique, alors que d’autres manifestations, plus discrètes, sont mobilisées de manière plus épisodique, en fonction d’enjeux contextualisés. Divers travaux d’anthropologie culturelle nous montrent à quel point, jusque dans l’intimité infracorporelle, les techniques du corps sont apprises et partagées en groupe. D’autres nombreux travaux indiquent l’importance des codes de civilité et d’interaction.

La prise en compte des tensions internes au clergé suite à la présence non marginale de prêtres africains (mais aussi polonais), permettra de focaliser sur la question du pouvoir et de l’autorité mais aussi sur la maîtrise inégale des codes culturels locaux et traditionnels par ce clergé « remplaçant », et les rapports qu’il entretient avec les autochtones laïcs et prêtres.

Contributeurs

  • Sophie Bava, Marseille
    Socio-anthropologue à l’IRD, membre de l’UMR AMU-LPED, coordinatrice du laboratoire mixte international Movida. Rédactrice de la revue Afrique(s) en Mouvement et chargée de mission Afrique-Méditerranée au sein de l’institut SoMuM.
  • Malik Nejmi, Orléans
    Photographe. Par sa pratique artistique, il a partagé un terrain au Maroc avec les anthropologues Sophie Bava et Bernard Coyault. Ils ont réalisé collectivement l’ouvrage Dieu va ouvrir la mer. Christianismes africains au Maroc, IRD éditions/ Kulte édition, 2022.
  • André Rousseau, Brest
    Sociologue, chercheur associé au CRBC. Il est notamment l’auteur de Pour une sociologie de la crise catholique. France, 1960-1980, CRBC éditions, 2015.
  • Corinne Valasik, Paris
    Enseignante-chercheuse, maîtresse de conférences en sociologie, doyenne honoraire de la faculté des sciences sociales, économiques et de droit de l’Institut catholique de Paris, membre du laboratoire de recherche Groupe Société religions Laïcité GSRL-CNRS. Elle est notamment l’auteure de « Les prêtres africains en France : de nouveaux missionnaires ? », in Valérie Aubourg, Jacques Barrou et Cécile Campergue (éds.), Migrants catholiques en France. Ancrages sociaux et religieux, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble Alpes, 2022, pp. 40-54.
  • Benjamin Vanderlick, Brest
    Ethnologue et photographe. En qualité de photographe, il a été associé à l’ANR ReliMig coordonné par Valérie Aubourg (2016-2021). Avec Valérie Aubourg ils ont publié l’ouvrage de recherche et de photographie Dieu Merci, expressions catholiques africaines et créoles, éditions Libel, 2021.
  • Valérie Aubourg, Lyon
    Ethnologue et professeure (HDR) de l’Université Catholique de Lyon où elle dirige l’UR CONFLUENCE : Sciences et Humanités (EA 1598). Elle conduit par ailleurs un projet de recherche collaboratif au sujet des populations catholiques issues de la diaspora et de la migration. Elle est membre associée du Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (CNRS-EPHE) et fellow à l’IC Migrations (institut convergence des migrations). Elle est coéditrice de l’ouvrage Migrants catholiques en France. Ancrages sociaux et religieux, Presses Universitaires de Grenoble, 2023.
  • Bernard Coyault
    Anthropologue, chercheur associé à l’Institut des Mondes Africains. Il travaille sur les dynamiques religieuses des parcours migratoires, la pluralisation religieuse en Afrique subsaharienne.

Retour sur l’Interfestival des religions et des convictions : « L’art nous rend-il plus vivant ? » Mille et une voies d’éveil spirituel.

L’art nous rend-t-il plus vivant ? introduction de Laurent GRZYBOWSKI

Depuis l’époque préhistorique, l’être humain est un artiste dans l’âme. Des grottes de Lascaux aux cathédrales gothiques, des hiéroglyphes égyptiens aux temples incas, des statues de l’île de Pâques aux sept merveilles du monde, en passant par l’Alhambra de Grenade, d’innombrables œuvres picturales et architecturales témoignent de la beauté et de la richesse de notre histoire. Comment ne pas citer également les chants du monde ou les œuvres musicales de Mozart ou de Jean-Sébastien Bach ; les écrits d’Ibn Arabi ou de Victor Hugo, des mystiques, des poètes, des écrivains ; les créations théâtrales, chorégraphiques ou cinématographiques qui ont marqué notre histoire, sans oublier la photographie, la calligraphie, la bande dessinée, la sculpture ou l’art de la mosaïque.

L’occasion pour moi de remercier deux artistes présents parmi nous ce matin (deux artistes parmi d’autres) et tout au long du week-end. Ils animeront d’ailleurs chacun de leur côté un atelier : Chouki Derrouiche, sculpteur musulman ouvert à toutes les traditions spirituelles, qui sont pour lui autant de sources d’inspiration, et Sr Samuelle, religieuse catholique, mosaïste. Un grand merci à elle, à eux, d’avoir accepté d’exposer quelques-unes de leurs œuvres. Il y a un autre artiste que j’aimerais d’ores et déjà remercier : José Gurdak, pianiste et compositeur de musique, qui animera lui aussi un atelier de « sculpture musicale » avec Edith Fortin, chanteuse et psychomotricienne. Merci à eux !

L’art donne de l’éclat à la vie car avant d’être une activité culturelle, il est une activité de l’esprit. « Puissance spirituelle, il est le langage de l’âme », affirmait le peintre Kandinsky. Il éveille et transforme notre être intérieur. Au centre de toutes les religions, il incarne la puissance de représentation qui rapproche les humains des dieux ou de Dieu. « Tremplin vers l’Absolu », selon Hegel, il est aussi un remède de la vie affectée par les troubles, les malheurs et les angoisses de l’existence. Parce qu’il donne sens à notre vie et nous permet de goûter autrement notre quotidien, il vient souvent nous relever.

En novembre 2019, l’Organisation mondiale de la santé publiait un rapport qui affirmait pour la première fois l’impact bénéfique de l’art sur notre santé physique et mentale. Reposant sur 900 articles scientifiques, il stipulait que les activités artistiques étaient déterminantes pour notre épanouissement depuis notre conception à l’âge avancé, et devraient être généralisées aux cotés des protocoles thérapeutiques en milieu hospitalier, dans l’éducation mais aussi dans la vie de tous les jours pour améliorer notre bien-être.

Un an plus tard, le monde entier faisait face à l’épidémie de la Covid-19. Une crise qui provoqua des dégâts sanitaires, économiques et sociaux sans précédent et qui affecta durablement la santé mentale et psychique de beaucoup de nos concitoyens. « En limitant l’accès à l’art, on tue ce qui donne envie de vivre », explique le neurologue Pierre Lemarquis auteur d’un livre intitulé « L’art qui guérit ». En s’appuyant sur de nombreux exemples de l’histoire de l’art, de la philosophie et de la recherche médicale, l’auteur explique les étonnants pouvoirs de l’art sur notre bien-être, sur notre développement intellectuel et même sur certaines pathologies.

Selon la formule consacrée, l’art ‘sculpte et caresse’ notre cerveau. Car, pour ce neurologue, nous avons deux cerveaux. Une partie qui capte les informations qui nous entourent, qui les compare à ce que l’on a en mémoire, et avec laquelle on décide d’agir sur le monde en fonction des informations qu’on vient de recevoir. On agit pour rester en vie, ce que pourrait aussi bien faire un ordinateur. Mais, dans notre cerveau, nous avons une autre partie, moins rationnelle et plus archaïque, celle du plaisir et de la récompense.

L’art agit sur les deux : il sert à élargir notre état d’esprit, à nous apprendre de nouvelles choses, il agit sur la plasticité cérébrale et donc sculpte notre cerveau. Mais il agit aussi sur nos émotions, il caresse notre cerveau et stimule les hormones responsables du plaisir et de l’attachement : la dopamine, la sérotonine, l’ocytocine et la morphine endogène. Les 4 hormones du bonheur. Hormones que l’on active aussi en pratiquant un sport ou en se faisant des câlins. Or, ces hormones nous donnent envie de vivre. Les effets bénéfiques de l’art sont avérés depuis l’Antiquité. Dans la Grèce antique, Aristote évoque la libération des passions du spectateur grâce aux acteurs de théâtre. C’est ce qu’on appelle la catharsis. Notre ami metteur en scène Laurent Poncelet pourra nous en parler.

Retrouver le goût de vivre, c’est ce qui a fait des arts – et notamment de la musique – les activités parmi les plus plébiscitées au tout début de la crise sanitaire, et notamment pendant le premier confinement. On a même parlé de pandémie musicale, alors que se constituaient spontanément des formations musicales entre membres de familles confinées, voisins ou musiciens privés de scène par le biais du numérique. Plusieurs études ont démontré l’importance de la musique pour de nombreuses personnes pendant le premier confinement, notamment celle de l’Université McGill de Montréal, selon laquelle la musique est arrivée à la première place des activités pratiquées, avant la conversation avec des amis ou la cuisine.

« Non seulement la musique a été plus fréquemment citée comme activité refuge pour lutter contre le stress pendant le confinement, mais plus la pandémie avait un impact sur les gens, à cause de la perte d’un proche, des problèmes financiers, ou de l’isolement, plus ils se tournaient vers la musique, et moins ils étaient déprimés, » explique Emmanuel Bigand, neuropsychologue à l’Université de Bourgogne. « La musique est une caresse. Elle peut réguler notre humeur, modifier la biochimie de notre cerveau, et notamment réguler la sécrétion du cortisol, hormone du stress. On peut vraiment reprendre le courage et se sentir revitalisé. La musique est une super médecine non-invasive, » résume le spécialiste.

Et si la musique a rencontré une telle adhésion pendant la crise du Covid, c’est aussi parce qu’elle a répondu à nos besoins fondamentaux de connexion avec les autres. « Faire de la musique avec d’autres permet à nos cerveaux de se synchroniser. Cette synchronisation change la relation sociale, l’empathie que l’on a avec l’autre, la personne nous parait beaucoup plus sympathique et on rentre dans une relation de collaboration. Cette relation d’attachement à l’autre est un besoin de tous les instants de la vie de l’être humain, mais s’accentue en période de crise. Le fait de se synchroniser avec les autres brise notre isolement et nous redonne confiance, » conclut le chercheur.

J’échangeais hier dans la voiture avec Christèle Daire, du Secours catholique qui, me faisant part de son expérience avec les personnes en précarité ou cabossées par la vie qu’elle rencontre, me disait que la création artistique, en l’occurrence l’expression théâtrale, était un formidable moyen de découvrir les trésors enfouis en soi. L’activité artistique nous permet de devenir plus authentique. Au contact de la matière, qu’il s’agisse d’un instrument de musique, d’une palette de couleurs, d’un burin, d’un pinceau, d’une pierre ou d’un morceau de terre, d’un stylo ou d’un appareil photo, nous découvrons qu’il est impossible de tricher avec soi-même. L’art nous permet finalement de cultiver notre intériorité. Et d’exprimer à la fois nos rêves et nos révoltes. Les rêves et les révoltes, nos désirs les plus profonds et nos cris de détresse, tels sont les deux piliers de l’engagement. Pourraient-ils être aussi les deux piliers de l’acte créateur ?

Révélatrice de notre humanité, l’expression artistique permet de mieux se comprendre et de mieux comprendre les autres. L’art n’a pas de pays d’origine, pas de religion, il est universel. Il rapproche et unit les femmes et les hommes du monde entier. Nul besoin de connaître une langue étrangère pour décrypter, interpréter et savourer une œuvre d’art. Elle parle d’elle-même. Elle ne dira pas la même chose aux uns, aux unes et aux autres, mais elle parlera. Peut-être parce qu’elle touche à ce qu’il y a de plus humain en nous. Je me souviens de cet entretien passionnant que j’ai eu il y a quelques années avec un grand paléoanthropologue, Pascal Picq, auteur de nombreux ouvrages sur la question.

Dans cet entretien, il m’expliquait que le propre de l’être humain n’était ni le rire, ni l’outil, mais sa capacité d’innovation et d’imagination. Je le cite : « Ce ne sont pas les inventions qui caractérisent le génie humain, mais la manière de les articuler. C’est le principe même de l’innovation. L’être humain est devenu humain en intégrant ses inventions dans une synthèse créatrice et en développant des capacités d’innovation transformatrice. Capacité aussi à se transformer lui-même, à modifier son apparence, à agir sur son corps : la cosmétique, les tatouages, les scarifications, l’usage des parures et des colorants sont des activités proprement humaines. Avec lui, l’imagination devient une force de transformation » (…) « Ce qui nous distingue des grands singes, ce ne sont pas les outils, c’est notre imaginaire. Une formidable force de transformation, capable d’inventer l’avenir. » Incroyable mais vrai ! L’être humain est capable de faire de son corps, de sa vie, de son environnement une œuvre d’art…

Chemin vers soi, chemin vers l’autre, l’art peut nous aider à créer des liens et à vivre ensemble. Il peut aussi contribuer à nous guérir, à nous remettre debout. En ce sens, peut-on dire qu’il nous rend plus vivant ? L’humanité pourrait-elle vivre ou survivre sans expression artistique ? Qu’en disent les grandes traditions religieuses, à travers leurs rites, leurs textes et leurs pratiques ? Autant de questions auxquelles nous allons tenter de répondre au cours de ce week-end. En commençant ce matin par un dialogue des pensées et des écritures. Je vous souhaite un excellent interfestival des religions et des convictions. Que ce week-end soit pour chacune et chacun d’entre vous un moment de renouvellement, un moment d’émerveillement, un moment plein d’émotions, intense et vrai, placé sous le signe de la joie ! Je vous remercie pour votre attention.

Laurent Grzybowski

réécouter les interventions : https://www.abbaye-st-jacut.com/mediatheque

Le festival en photos :

2024-01-27a, Inter festival des Religions &Convictions https://photos.app.goo.gl/yWuZsCLCBrvysUSK8

2024-01-27a, Inter festival des Religions &Convictions https://photos.app.goo.gl/n1dozF34h4GhsJATA

2024-01-27b, Inter festival des Religions Saint-Jacut22 https://photos.app.goo.gl/ueJMnSHbZSsCqbPW8

2024-01-27.28c, Inter festival Saint-Jacut22   https://photos.app.goo.gl/M6kboJ5iScVTkGnv7

L’identité bretonne s’est-elle substituée au catholicisme ?

  1. Pourquoi ce livre et comment ?

un projet collectif qui devient individuel avec des bases qui permettent de le réaliser.

– idéologie, authenticité, nationalisme soft

J’applique aux discours sur la Bretagne la définition de l’idéologie donnée par le Centre national de ressources textuelles et lexicales  : « Ensemble plus ou moins cohérent des idées, des croyances et des doctrines philosophiques, religieuses, politiques ». (Centre national de ressources textuelles et lexicales)

Daniel Le Couédic, « idée bretonne » : somme des constructions intellectuelles qui prêtent à la Bretagne des caractéristiques ou un rôle incomparables »

– le sommaire

  1. Une thèse et les questions qu’elle pose

« Sociologue des religions, André Rousseau avance une hypothèse qui me paraît très féconde. Dieu est mort en Bretagne mais les Bretons ne peuvent s’empêcher de croire… Ils auraient donc fait un transfert. Dorénavant, c’est en la Bretagne qu’ils croient. Ils chantaient « Catholiques et Bretons toujours », ils entonnent dorénavant: « Bretons toujours ! »  (Jean Lebrun, France Inter, 17 mars 2023)

2-1 – Il faut partir de la place historique du catholicisme en Bretagne : la culture catholique a imprimé sa marque sur le régionalisme breton

– Rome fut « capitale de la Bretagne », mais sa puissance s’est effacée dans tous les domaine tout en laissant un leg sécularisé : langue, culture, dynamisme économique, esprit de corps

– comme ailleurs, l’effacement a libéré l’espace pour d’autres : la raison économique et le celtisme

– plus personne ne s’étonne que les bretonistes  parlent de « la France » ou de « la République » comme de réalités extérieures, ne voient de « roman national » que hors de la Bretagne et contre elle…

– du catholicisme il  reste surtout une « tonalité » : toute idée devient combat et mission ; illustration du « catholicisme » zombie de Le Bras et Todd

2.2. Des questions : avant de compléter cette thèse voici des précisions sur la manière dont je parle de religion

  1. Quelques mots sur la vision sociologique de la religion
  2. Religion : qu’entend-on par là quand on suggère que le bretonisme est devenu la religion de la Bretagne ?

– Formes Elémentaires de Durkheim ou « scrupule rituel » romain décrit par John Scheid ?

  1. L’idéologie bretonne, une forme de déplacement de la religion. Métaphore : La religion plus ou moins marginalisée doit entreprendre un travail de traduction. Dieu tout puissant devient « Dieu puissant d’amour ».

Si le catholicisme emprunte à l’air du temps des schèmes qui le rendent compréhensible cela implique que ces schèmes peuvent très bien fonctionner comme religion de substitution.,

Les piliers de l’idéologie bretonne ont curieusement trait à la tradition, la mémoire, au lien social, à la vocation d’un collectif.

  1. Du bretonisme considéré comme une forme du « religieux disséminé dans le social » (Danièle Hervieu-Léger) comment cela s’est-il fait ?
  2. Cette thèse d’un transfert du catholicisme implique de modifier la définition durkheimienne de la religion :

« Une religion, est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent » (Les Formes élémentaires de la vie religieuse)

DHL La Religion pour mémoire, Cerf, 1993, p.119 : « une religion est un dispositif idéologique, pratique et symbolique par lequel est constituée, entretenue, développée et contrôlée la conscience (individuelle et collective) de l’appartenance à une lignée croyante particulière ». 

Et p. 127 « on appellera tradition l’ensemble des représentations, images, savoirs théoriques et pratiques, comportements et attitudes qu’un groupe ou une société accepte au nom de la continuité nécessaire entre son passé et son présent »…. « Avec la capacité  d’y incorporer des innovations et réinterprétations qu’exige une conjoncture. »

Pour ce qui concerne la « croyance » : Comme l’a montré Émile Benveniste  la «« foi » désigne non pas l’attitude du croyant, mais « l’assurance qu’il tire d’une propriété qu’il prête à l’objet de sa croyance »[1]. C’est ce mécanisme qui fait du bretonisme et du « celtisme » une évidence. Et une foi. On peut voir à l’œuvre semblable dispositif dans « l’identité ».

D’après Yvon Tranvouez, dans Catholiques en Bretagne au XXème siècle, p.53-70

Celtes d’abord

Ropartz Hémon : très peu de catholiques autour de lui et du mythe celtique, sauf autour de 1940.

 L’abbé Perrot ne supporte pas ce paganisme

 

Bretons d’abord

Abbé Perrot : revue Feiz ha Breiz

Franchement régionaliste mais son nationalisme est hésitant à cause de l’hostilité de Duparc. Beaucoup de monde autour de lui – Bleun Brug, journal O lo lê

Catholiques d’abord

Mgr. Duparc

C’est le groupe de loin le plus nombreux ; seulement régionaliste pour la culture et la langue et la fierté bretonne (« race » exceptionnelle – au sens de « racé ».

Pétainistes puis de moins en moins

 

Républicains d’abord

Francis Gourvil (1889-1984)

Féru de celtisme quitte le parti nationaliste ; durant la guerre,  proche de la résistance. La question bretonne entre parenthèse.

Cette minorité deviendra majorité après la guerre ; se situant au centre droit et devenant gaulliste.

[1] Le Vocabulaire des institutions européennes, op. cit. Voir le chapitre 8, « Fidélité personnelle », p. 103 et suiv., et surtout le chapitre 15, « Créance et croyance », p.  171-180.