Peut-on parler d’indifférence religieuse ?

Conférences de Credi 29 : Credi 29 vous invite à la prochaine conférence de :

Jean-Marie DONEGANI

Peut-on parler
d’indifférence religieuse ?

Les sondages d’opinion estiment aujourd’hui que plus d’un quart de la population serait « sans religion ». La proportion n’était que de 10% en 1974.
Cette conférence expliquera pourquoi ce phénomène n’est pas la marque d’une indifférence voire d’un dédain envers la question religieuse mais plutôt la conviction de beaucoup de nos contemporains qu’une recherche religieuse dépasse toute appartenance particulière. La reconnaissance d’une pluralité d’options religieuses s’accompagne d’un primat de l’expérience personnelle et d’une recherche d’authenticité.

Avec le soutien de l’Université de Bretagne Occidentale (UBO)

Jean-Marie Donegani est politiste et professeur émérite des Universités.
Il est l’auteur de « La liberté de choisir. Pluralisme religieux et pluralisme politique dans le catholicisme français contemporain ».

Notes prises lors de la conférence

Mercredi 4 Décembre à 20H – Faculté des Lettres et Sciences Humaines, 20 rue Duquesne, 29200 Brest

« Chrétiens africains et ultramarins en migration : tensions culturelles et religieuses »

Journée d’études du CRBC : Chrétiens africains et ultramarins en migration : tensions culturelles et religieuses

Lundi 14 octobre 2024 – 9 Hfaculté de Lettres et Sciences Humaines Victor Segalen – UFR Lettres et Sciences humaines, Brest, bâtiment C, 3e étage, en salle C219.

Cadre et objet de la journée

Cette journée est consacrée à des aspects peu connus des migrations. Si les questions de l’Islam et de son intégration dans une société sécularisée et laïcisée sont depuis longtemps des questions publiques et politiques, celles de la présence de créoles ou d’Africains dans les communautés catholiques ou protestantes génère des tensions plus discrètes mais plus ou moins aiguës et qui modifient parfois substantiellement les « styles » religieux établis. C’est ce que l’on peut observer dans nombre de communautés protestantes « évangéliques » où les migrants sont de plus en plus nombreux, et même dans des paroisses catholiques.

Le phénomène a été étudié méthodiquement dans des paroisses catholiques de Lyon et Paris  sous l’angle des modes d’expressions propres à des migrants et des tensions qu’elles peuvent provoquer parfois avec le clergé et les fidèles habituels
Outre des analyses de terrain et dans le prolongement du travail mentionné ci-dessus, nous introduirons dans cette journée une réflexion illustrée sur l’usage réfléchi de la photographie comme instrument d’objectivation et d’interprétation, qui nous semble utile et féconde pour les terrains « anthropologiques ».

Centrée sur les comportements liturgiques, sans écarter d’autres dimensions, une partie de cette journée s’inscrit dans le champ large des questionnements sur la culture et l’identité. Les pratiques et productions collectives dans la liturgie sont analysées de manière différenciée avec, souvent, des questionnements de premier plan, portant notamment sur des dimensions symboliques fortes, des conflits ou luttes de propriété symbolique, alors que d’autres manifestations, plus discrètes, sont mobilisées de manière plus épisodique, en fonction d’enjeux contextualisés. Divers travaux d’anthropologie culturelle nous montrent à quel point, jusque dans l’intimité infracorporelle, les techniques du corps sont apprises et partagées en groupe. D’autres nombreux travaux indiquent l’importance des codes de civilité et d’interaction.

La prise en compte des tensions internes au clergé suite à la présence non marginale de prêtres africains (mais aussi polonais), permettra de focaliser sur la question du pouvoir et de l’autorité mais aussi sur la maîtrise inégale des codes culturels locaux et traditionnels par ce clergé « remplaçant », et les rapports qu’il entretient avec les autochtones laïcs et prêtres.

Contributeurs

  • Sophie Bava, Marseille
    Socio-anthropologue à l’IRD, membre de l’UMR AMU-LPED, coordinatrice du laboratoire mixte international Movida. Rédactrice de la revue Afrique(s) en Mouvement et chargée de mission Afrique-Méditerranée au sein de l’institut SoMuM.
  • Malik Nejmi, Orléans
    Photographe. Par sa pratique artistique, il a partagé un terrain au Maroc avec les anthropologues Sophie Bava et Bernard Coyault. Ils ont réalisé collectivement l’ouvrage Dieu va ouvrir la mer. Christianismes africains au Maroc, IRD éditions/ Kulte édition, 2022.
  • André Rousseau, Brest
    Sociologue, chercheur associé au CRBC. Il est notamment l’auteur de Pour une sociologie de la crise catholique. France, 1960-1980, CRBC éditions, 2015.
  • Corinne Valasik, Paris
    Enseignante-chercheuse, maîtresse de conférences en sociologie, doyenne honoraire de la faculté des sciences sociales, économiques et de droit de l’Institut catholique de Paris, membre du laboratoire de recherche Groupe Société religions Laïcité GSRL-CNRS. Elle est notamment l’auteure de « Les prêtres africains en France : de nouveaux missionnaires ? », in Valérie Aubourg, Jacques Barrou et Cécile Campergue (éds.), Migrants catholiques en France. Ancrages sociaux et religieux, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble Alpes, 2022, pp. 40-54.
  • Benjamin Vanderlick, Brest
    Ethnologue et photographe. En qualité de photographe, il a été associé à l’ANR ReliMig coordonné par Valérie Aubourg (2016-2021). Avec Valérie Aubourg ils ont publié l’ouvrage de recherche et de photographie Dieu Merci, expressions catholiques africaines et créoles, éditions Libel, 2021.
  • Valérie Aubourg, Lyon
    Ethnologue et professeure (HDR) de l’Université Catholique de Lyon où elle dirige l’UR CONFLUENCE : Sciences et Humanités (EA 1598). Elle conduit par ailleurs un projet de recherche collaboratif au sujet des populations catholiques issues de la diaspora et de la migration. Elle est membre associée du Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (CNRS-EPHE) et fellow à l’IC Migrations (institut convergence des migrations). Elle est coéditrice de l’ouvrage Migrants catholiques en France. Ancrages sociaux et religieux, Presses Universitaires de Grenoble, 2023.
  • Bernard Coyault
    Anthropologue, chercheur associé à l’Institut des Mondes Africains. Il travaille sur les dynamiques religieuses des parcours migratoires, la pluralisation religieuse en Afrique subsaharienne.

L’identité bretonne s’est-elle substituée au catholicisme ?

  1. Pourquoi ce livre et comment ?

un projet collectif qui devient individuel avec des bases qui permettent de le réaliser.

– idéologie, authenticité, nationalisme soft

J’applique aux discours sur la Bretagne la définition de l’idéologie donnée par le Centre national de ressources textuelles et lexicales  : « Ensemble plus ou moins cohérent des idées, des croyances et des doctrines philosophiques, religieuses, politiques ». (Centre national de ressources textuelles et lexicales)

Daniel Le Couédic, « idée bretonne » : somme des constructions intellectuelles qui prêtent à la Bretagne des caractéristiques ou un rôle incomparables »

– le sommaire

  1. Une thèse et les questions qu’elle pose

« Sociologue des religions, André Rousseau avance une hypothèse qui me paraît très féconde. Dieu est mort en Bretagne mais les Bretons ne peuvent s’empêcher de croire… Ils auraient donc fait un transfert. Dorénavant, c’est en la Bretagne qu’ils croient. Ils chantaient « Catholiques et Bretons toujours », ils entonnent dorénavant: « Bretons toujours ! »  (Jean Lebrun, France Inter, 17 mars 2023)

2-1 – Il faut partir de la place historique du catholicisme en Bretagne : la culture catholique a imprimé sa marque sur le régionalisme breton

– Rome fut « capitale de la Bretagne », mais sa puissance s’est effacée dans tous les domaine tout en laissant un leg sécularisé : langue, culture, dynamisme économique, esprit de corps

– comme ailleurs, l’effacement a libéré l’espace pour d’autres : la raison économique et le celtisme

– plus personne ne s’étonne que les bretonistes  parlent de « la France » ou de « la République » comme de réalités extérieures, ne voient de « roman national » que hors de la Bretagne et contre elle…

– du catholicisme il  reste surtout une « tonalité » : toute idée devient combat et mission ; illustration du « catholicisme » zombie de Le Bras et Todd

2.2. Des questions : avant de compléter cette thèse voici des précisions sur la manière dont je parle de religion

  1. Quelques mots sur la vision sociologique de la religion
  2. Religion : qu’entend-on par là quand on suggère que le bretonisme est devenu la religion de la Bretagne ?

– Formes Elémentaires de Durkheim ou « scrupule rituel » romain décrit par John Scheid ?

  1. L’idéologie bretonne, une forme de déplacement de la religion. Métaphore : La religion plus ou moins marginalisée doit entreprendre un travail de traduction. Dieu tout puissant devient « Dieu puissant d’amour ».

Si le catholicisme emprunte à l’air du temps des schèmes qui le rendent compréhensible cela implique que ces schèmes peuvent très bien fonctionner comme religion de substitution.,

Les piliers de l’idéologie bretonne ont curieusement trait à la tradition, la mémoire, au lien social, à la vocation d’un collectif.

  1. Du bretonisme considéré comme une forme du « religieux disséminé dans le social » (Danièle Hervieu-Léger) comment cela s’est-il fait ?
  2. Cette thèse d’un transfert du catholicisme implique de modifier la définition durkheimienne de la religion :

« Une religion, est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent » (Les Formes élémentaires de la vie religieuse)

DHL La Religion pour mémoire, Cerf, 1993, p.119 : « une religion est un dispositif idéologique, pratique et symbolique par lequel est constituée, entretenue, développée et contrôlée la conscience (individuelle et collective) de l’appartenance à une lignée croyante particulière ». 

Et p. 127 « on appellera tradition l’ensemble des représentations, images, savoirs théoriques et pratiques, comportements et attitudes qu’un groupe ou une société accepte au nom de la continuité nécessaire entre son passé et son présent »…. « Avec la capacité  d’y incorporer des innovations et réinterprétations qu’exige une conjoncture. »

Pour ce qui concerne la « croyance » : Comme l’a montré Émile Benveniste  la «« foi » désigne non pas l’attitude du croyant, mais « l’assurance qu’il tire d’une propriété qu’il prête à l’objet de sa croyance »[1]. C’est ce mécanisme qui fait du bretonisme et du « celtisme » une évidence. Et une foi. On peut voir à l’œuvre semblable dispositif dans « l’identité ».

D’après Yvon Tranvouez, dans Catholiques en Bretagne au XXème siècle, p.53-70

Celtes d’abord

Ropartz Hémon : très peu de catholiques autour de lui et du mythe celtique, sauf autour de 1940.

 L’abbé Perrot ne supporte pas ce paganisme

 

Bretons d’abord

Abbé Perrot : revue Feiz ha Breiz

Franchement régionaliste mais son nationalisme est hésitant à cause de l’hostilité de Duparc. Beaucoup de monde autour de lui – Bleun Brug, journal O lo lê

Catholiques d’abord

Mgr. Duparc

C’est le groupe de loin le plus nombreux ; seulement régionaliste pour la culture et la langue et la fierté bretonne (« race » exceptionnelle – au sens de « racé ».

Pétainistes puis de moins en moins

 

Républicains d’abord

Francis Gourvil (1889-1984)

Féru de celtisme quitte le parti nationaliste ; durant la guerre,  proche de la résistance. La question bretonne entre parenthèse.

Cette minorité deviendra majorité après la guerre ; se situant au centre droit et devenant gaulliste.

[1] Le Vocabulaire des institutions européennes, op. cit. Voir le chapitre 8, « Fidélité personnelle », p. 103 et suiv., et surtout le chapitre 15, « Créance et croyance », p.  171-180. 

 

L’accès des femmes à l’autorité religieuse. Changements, résistances et controverses

Conférences de Credi 29 : Credi 29 vous invite à la prochaine conférence de :

Céline Béraud

L’accès des femmes

à l’autorité religieuse.

Changements, résistances et controverses

On pointe volontiers pour la dénoncer la dimension patriarcale du judaïsme, du christianisme et de l’islam. Au sein de ces mondes religieux, l’exercice de l’autorité est longtemps demeuré et demeure, pour une grande part encore, le monopole des hommes.

Dans cette conférence, on s’attachera à saisir les facteurs favorables à l’accès des femmes à des positions qui leur étaient jusqu’alors inaccessibles (pastorat, rabbinat ou encore imamat mais aussi, plus modestement et plus fréquemment, enseignement de la religion ou aumôneries des institutions publiques). Mais on analysera aussi les résistances et controverses parfois très vives que cela suscite. On verra ainsi comment ces questions de genre travaillent aujourd’hui de l’intérieur les mondes religieux et se reflètent dans leur pluralité interne.

Avec le soutien de l’Université de Bretagne Occidentale (UBO)

Céline Béraud est sociologue, directrice d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Elle a notamment publié Le catholicisme français à l’épreuve des scandales sexuels (Seuil, La République des Idées, 2021) et La bataille du genre. Du mariage pour tous à la PMA (Fayard, Raison d’agir, 2021).

Notes prises lors de la conférence

Mardi 20 février 2024, à 20H, à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines Victor Segalen, 20 rue Duquesne à Brest. 

L’Idéologie bretonne, Entre authenticité et nationalisme soft

L’idéologie bretonne

Entre authenticité et nationalisme soft

de André Rousseau

Pourquoi la théâtralisation permanente de l’identité régionale rencontre-t-elle en Bretagne un accueil enthousiaste jamais démenti ? Pour répondre à cette question, ce livre s’intéresse aux acteurs qui depuis près de deux siècles tentent de transformer la situation de périphérie dominée de la Bretagne en une « question bretonne ». Les discours et projets nommés ici « idéologie bretonne » présentent trois constantes : le dessein de valoriser un peuple différent, sa langue et sa littérature, en se fondant sur leur caractère celtique ; la volonté plus ou moins affirmée de rompre avec la culture française en produisant un récit breton concurrent du roman national ; enfin, un consensus à propos de l’exceptionnalité de la Bretagne. Le terme « idéologie » résume – mieux que celui d’identité – l’ensemble des croyances, traditions plus ou moins réinventées que des acteurs divers et en concurrence orchestrent depuis environ 180 ans. Ce livre analyse cette idéologie à l’oeuvre dans les politiques publiques régionales (langue et culture bretonnes) et il suggère que le bretonisme n’est pas sans combler le retrait sensible de la catholicité dans cette région. En somme, l’idéologie bretonne compense par l’émotion le désenchantement du monde, et demeure en deçà d’un projet politique, au grand regret des autonomistes.

RELIGIONS ET ECOLOGIE

Conférences de Credi 29 : Credi 29 vous invite à la prochaine conférence de :

Frédéric Rognon

 Religions et écologie

Les relations entre religions et écologie sont  foncièrement ambivalentes. Les traditions théologiques et spirituelles des religions, leurs textes de référence, leur anthropologie, leurs rites, présentent, on le montrera, autant de freins que de précieuses ressources pour la prise en compte des défis environnementaux et de l’avenir de la planète. L’exemple du protestantisme est à ce titre emblématique : souvent associé au capitalisme (et par conséquent à la première forme de productivisme), il est également à l’origine des premiers embryons de résistance au saccage de la Création (premiers parcs nationaux, premières campagnes de lutte contre la vivisection ou contre la construction de barrages, premières sociétés végétariennes). Nous essaierons de comprendre comment une même tradition religieuse peut représenter à la fois un poison et un antipoison pour le bien-être des générations futures. Loin de toute pensée binaire, nous poserons donc la question des relations entre religions et écologie sur un mode foncièrement dialectique.

Avec le soutien de l’Université de Bretagne Occidentale (UBO)

Frédéric Rognon est professeur de philosophie à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg.
Il a publié avec Christophe Monnot : « Eglises et écologie. Une révolution à reculons » (Labor et Fides, 2020) et  « La nouvelle théologie verte » (Labor et Fides, 2021).

Notes prises lors de la conférence

Mardi 30 mai 2023, à 20H, à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines Victor Segalen, 20 rue Duquesne à Brest. 

Critique scientifique et conviction religieuse, quelle autonomie ? quelles rencontres ?

Conférences de Credi 29 : Credi 29 vous invite à la prochaine conférence de :

François Euvé :

Critique scientifique et conviction religieuse

quelle autonomie ?

quelles rencontres ?

La vision scientifique moderne du monde laisse peu de place à l’intervention d’un Dieu Créateur. Cela est vrai à l’échelle du cosmos (Galilée), mais aussi dans le monde vivant (Darwin). De nouvelles théories en physique fondamentale tendent à critiquer la vision purement mécaniste qui régnait dans la science classique, voire à « réenchanter » le monde, ce qui recoupe les aspirations de plusieurs courants écologistes. Le but de cette conférence sera de mieux situer les partenaires en présence, en s’aidant d’une lecture historique. On montrera en particulier ce qui caractérise la science moderne et comment elle s’est constituée à partir de propositions théologiques. La distinction des plans est cohérente avec la tradition chrétienne. On montrera aussi que le réductionnisme scientifique est insuffisant et que notre approche du monde a tout à gagner à s’appuyer sur une pluralité de perspectives.

Avec le soutien de l’Université de Bretagne Occidentale (UBO)

François Euvé, jésuite, est ancien élève de l’ENS (Cachan), agrégé de physique et docteur en théologie, professeur de théologie fondamentale et dogmatique. Rédacteur en chef de la revue Études, membre du Conseil de rédaction des Recherches de Science Religieuse, membre du Conseil de la Fondation Teilhard de Chardin.

Avec Etienne Klein, lui-même physicien, il a écrit le livre : « La science, l’épreuve de Dieu ? » (Salvator, 2023)

Jeudi 4 mai 2023, à 20H, à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines Victor Segalen, 20 rue Duquesne à Brest. 

Compte rendu de la conférence témoignage d’un tchadien, Fortunat ALATARAT

Une soixantaine de personnes sont venues écouter le partenaire tchadien du CCFD-Terre Solidaire, jeudi soir à la salle Jean Monnet à Guipavas.

Ce tchadien, Fortunat Alatarat, est responsable bénévole de l’association GRAVE  (Groupe de Recherche et d’Animation du Vivre Ensemble) créée en 2016 sous l’impulsion du CCFD pour avancer sur le chemin de la réconciliation entre les musualmans arabophones du Nord et les chrétiens francophones du Sud. En proie à la violence et à des conflits incessants depuis la fin de la colonisation en 1960, dirigé par des hommes corrompus et motivés par le seul enrichissement de leur clan, ce pays est parmi les plus pauvres au monde et a besoin de retrouver la paix et la concorde pour avancer sur la voie du développement.

Fortunat a su captiver son auditoire qui a pris conscience des difficiles conditions de vie dans ce pays. Par exemple, Fortunat, enseignant en école publique, a des classes de terminale de plus de 120 élèves ! Et seulement un enseignant sur deux assure ses cours, les autres touchant le salaire sans remplir la fonction…

Fortunat a exposé les actions du GRAVE, avec ses succès et ses impasses.

Un travail fructueux est mené avec les écoles coraniques. Dans ces écoles, les maîtres, autoproclamés et sans formation, envoyaient leurs élèves mendier, afin de payer leur « scolarité », et pratiquaient des châtiments corporels.  Ces enfants maltraités étaient ensuite des proies faciles pour les mouvements djihadistes qui les recrutaient comme combattants. Fort de ce constat reconnu par tous, le GRAVE a obtenu que, dorénavant, les maîtres reçoivent une formation avant d’enseigner et suivent un programme pour assurer à leurs élèves un apprentissage élémentaire, lire et écrire l’arabe, compter, etc… en plus de la découverte du Coran. Et ce ne sont plus les enfants qui doivent payer leur scolarité mais leurs parents !

Pour lutter contre les préjugés, fauteurs de haine, le GRAVE agit auprès des chefs religieux, des jeunes et des femmes en créant des groupes d’échanges. Apprendre à se connaître et se découvrir proches par delà les différences de religion, permet de monter ensuite des projets au service du bien commun.  Ainsi, les femmes ont pris en main la gestion des greniers communautaires pour tenir pendant la période de soudure entre deux récoltes, ce qu’elles font très bien, contrairement aux hommes qui vivaient au jour le jour !

Dans deux domaines, le GRAVE n’obtient pas d’avancée jusqu’à présent :

La reconnaissance des enfants nés hors mariage : les jeunes musulmans qui engrossent des jeunes chrétiennes, nient ensuite toute responsabilité, au grand dam des familles de ces jeunes filles. D’ailleurs, les musulmans tchadiens mettent parfois la loi musulmane, la charia, au-dessus de la loi civile du pays.

Les conflits entre éleveurs et agriculteurs n’obtiennent pas de solution. Les éleveurs, souvent de riches propriétaires du Nord, embauchent des bergers et les arment, si bien que ceux-ci ne respectent aucun couloir de transhumance et laissent les bêtes pâturer sur les terres agricoles.

Fortunat a mentionné l’implication des évêques tchadiens qui n’hésitent pas à rappeler les uns et les autres à leurs responsabilités. Il a aussi laissé entendre son espoir de voir la société civile gagner en esprit critique et exiger de ses dirigeants de se mettre réellement au service du pays.

Vivre ensemble au Tchad – témoignage de Fortunat ALATARAT

Témoignage d’un tchadien, Fortunat ALATARAT,
partenaire du CCFD-Terre Solidaire
lors d’une conférence publique

Comme chaque année en Carême, le CCFD-TS accueille des partenaires qui viennent témoigner des actions qu’ils mènent dans leur pays, au service du développement et de la lutte contre la faim.

La Bretagne accueille un tchadien, Fortunat ALATARAT. Ce catholique est engagé pour la solidarité et la paix dans son pays, à la tête du GRAVE : Groupe de Recherche et d’Animation du Vivre Ensemble, groupe créé en 2016.

Comment surmonter conflits et préjugés réciproques pour réconcilier les musulmans arabophones et les chrétiens francophones, dans le contexte particulier du TCHAD : un pays divisé marqué par la violence et le sentiment partagé par tous d’un rapport de domination du Nord musulman sur le Sud chrétien ?

Au Tchad, 47 % des habitants sont sous le seuil de pauvreté à cause des violents conflits entre les communautés et les confessions religieuses. Les raisons en sont : la mauvaise gestion des ressources naturelles (agriculture, pastoralisme…), les problèmes identitaires  de culture, de langues et de religion, et surtout une mauvaise gouvernance politique.

Dans le cadre d’un programme pour la paix, le GRAVE développe une dynamique interreligieuse, l’ouverture des uns et des autres sur la société civile, la réforme des écoles coraniques et la création d’une université islamique ouverte aux femmes et aux débats de société.

Un témoignage fort, éclairant également pour notre société française !

https://ccfd-terresolidaire.org/partenaire-careme-2023/

le jeudi 23 mars à 20h30 à la salle Jean Monnet, rue du commandant Challe à Guipavas.

Entrée libre

notes de lecture du livre « Genèse de l’antisémitisme »

 Après ma lecture du livre «Genèse de l’antisémitisme» de Jules Isaac.

              Ce ne sont que des «notes de lecture» qui n’ont pas la prétention d’une recension autorisée de ce livre. Mais sa lecture m’a impressionné par sa rigueur de recherche historique et m’a fait découvrir avec  douleur la place que l’Église a prise au long des siècles pour susciter et entretenir «une horreur sacrée pour le juif» (p.17). 

            «Nul doute a écrit le chrétien Nicolas Berdiaeff, que par rapport au peuple d’Israël, les chrétiens portent un lourd péché.»  (p. 21)

             Jules Isaac, né en 1887, bien connu comme historien et par les manuels d’histoire «Malet et Isaac», était jusqu’à l’arrivée du gouvernement de Vichy, inspecteur général de l’Instruction publique. Dès la parution du statut des juifs en 1940, il tombe sous le coup de l’interdiction des juifs dans la fonction publique. Il se réfugie avec sa famille en zone libre jusqu’au moment où là aussi les juifs sont recherchés. Avec sa famille, il est obligé de se cacher. Mais toute sa famille est arrêtée par la gestapo ; par chance, il en réchappe. Sa femme, sa fille et son gendre ne reviendront pas de leur déportation à Auschwitz.

             Jules Isaac a d’abord écrit un premier livre : «Jésus et Israël» en 1946, aboutissement d’une recherche commencée en 1943 «sur une table de chambre d’hôtel» et poursuivie «de refuge en refuge» pour comprendre comment la Shoah avait pu avoir lieu dans une Europe «chrétienne».

            «Mon projet initial : savoir si Jésus avait rejeté Israël – le peuple juif dans son ensemble – … ou même réprouvé et maudit ; … si Israël avait rejeté Jésus , … s’il méritait depuis 2 millénaires «la flétrissure infamante de peuple «déicide» ; si l’on était fondé à voir, dans la longue suite de ses malheurs «le châtiment providentiel de la crucifixion». (extraits de la page 14)

             Ce premier livre qui répondait par la négative à toutes ces questions à partir d’une lecture des Evangiles dans la langue originelle, le grec, reçut un mauvais accueil de la part de beaucoup d’historiens, théologiens catholiques …

Ce deuxième livre [Genèse de l’antisémitisme] parait en1956 avec cette dédicace :

A mes chers amis chrétiens et spécialement à mes chers amis catholiques
A tous ceux qui ont répondu loyalement à mon appel des années 1946-1947
Mais peut-être est-il plus sage de ne pas désigner nommément
ceux qui m’ont témoigné le plus de dévouement et de sympathie active
à qui je dois le plus de gratitude

            Il poursuit la recherche et grâce à une enquête minutieuse sur des documents (et rien que des documents) il décrit comment l’Église a façonné dès les premiers siècles de son histoire un antijudaïsme qui évolue vers un antisémitisme chrétien.

Une première partie traite «de l’antisémitisme dans l’antiquité païenne».

              A propos de l’«éternel antisémitisme» invoqué après la parution de Jésus et Israël, l’enquête de Jules Isaac observe ce qui se passe dans les siècles avant notre ère.

            « … le témoignage hébreu du Livre d’Esther … montre clairement que le séparatisme pratiqué par les communautés juives de la diaspora constituait le principal grief invoqué contre elles par la raison d’état ; rien ne prouve que l’écrit lui-même soit antérieur au 1er siècle. Du côté grec en tout cas ce n’est pas avant le 1er siècle (avant notre ère) qu’apparaît un antijudaïsme déclaré.»  (p. 76) (séparatisme qui s’explique par sa  fidélité à sa foi et son attachement  à la pratique de la Torah)

            «Sur le plan historique rien ne permet d’affirmer que l’antisémitisme est aussi ancien que le judaïsme lui-même, qu’il est apparu dès le début de l’histoire d’Israël. Toute affirmation de ce genre, théologique ou non, est sans fondement.»(p. 125)

            «La dispersion du peuple hébreu – ou diaspora – a commencé dès le 8ème siècle avant J.-C. Avec les déportations en Mésopotamie.» (p. 126)  On ne peut donc pas la présenter comme une conséquence, un châtiment divin après la crucifixion de Jésus.

            Entre l’antisémitisme païen ainsi défini, délimité, et l’antisémitisme chrétien qui va le relayer à partir du 4ème siècle, il y a plus de différences que d’analogies. La différence fondamentale a été mise en lumière par Marcel Simon (in Verus Israël p. 263) «L’antisémitisme chrétien revêt, du fait qu’il est entretenu par l’Église, un caractère officiel, systématique et cohérent, qui a toujours fait défaut au premier. Il est au service de la théologie et nourri par elle … A la différence de l’antisémitisme païen qui traduit le plus souvent une réaction spontanée, exceptionnellement dirigée et organisée, il poursuit un but très précis : rendre les juifs odieux.»

            Jules Isaac ajoute :     «Celui-ci va de pair avec un statut privilégié
Celui-là inventera le système d’avilissement.»  ( p. 129)

Deuxième partie : de l’avènement de l’empire chrétien à la fin du premier millénaire

L’ENSEIGNEMENT DU MÉPRIS ET LE DÉBUT DU SYSTÈME D’AVILISSEMENT

– Le judaïsme à l’avènement de l’empire chrétien :

            «Répandus d’un bout à l’autre de l’empire, groupés en communautés qui jouissaient d’une large autonomie – même judiciaire – assemblés chaque jour de sabbat et aux jours de fête dans leurs « synagogues », renforcés d’un certain nombre de prosélytes venus de la gentilité païenne et de craignants-Dieu, les judéens n’avaient pas lieu de se plaindre de la paix romaine … » (p. 140)

            «… la loi mosaïque leur était un ferme support, inébranlable : ils restaient le peuple de la bible et leur longue tradition orale était en voie de fixation écrite … » (p.140)

            «… Autant de bonnes raisons pour qu’aux yeux de l’Église ce judaïsme détesté, au corps vigoureux, à l’âme tenace (et hostile) apparut l’adversaire par excellence, à surveiller, à combattre, à abattre. » (p. 142)

– Du judéo-christianisme à l’antagonisme judéo-chrétien …

            «Chacun le sait  – ou devrait savoir – : le christianisme est né juif – juif d’origine, juif de recrutement, juif d’observances, juif par son essence messianique et son eschatologie visionnaire. Une secte juive parmi tant d’autres … » (143)

            Que s’était-il donc passé, en ce court demi -siècle ?

            «… la prédication chrétienne, tant qu’elle se maintenait dans certaines limites permises, trouvait une large audience au cœur même du judaïsme, à Jérusalem ; la croyance en Jésus-Messie ou Christ gagnait du terrain … » (p. 146)

            «Mais à lui seul le refus de la Loi suffisait : exiger du peuple juif qu’il y consentît, et non seulement pour les Gentils mais pour lui-même, aussi bien exiger qu’il s’arrachât le cœur. Il n’y a pas d’exemple dans l’Histoire d’un tel suicide collectif. » (p. 147)

            «Il ne s’agit nullement ici de prendre parti pour Pierre ou Jacques contre Paul, mais tout simplement de vérités de fait qui n’impliquent aucun jugement de valeur. Le succès foudroyant du christianisme affranchi témoigne que cet affranchissement lui était nécessaire, d’une nécessité vitale. Tout au plus est-il permis de regretter qu’il ait été si hâtif, si brutal et que par la faillite du judéo-christianisme bientôt taxé d’hérésie,  – lui, primitif -, l’unique pont ait été rompu par dessus l’abîme qui se creusait entre les deux orthodoxies. » p. 147 -, 148)

            «Car un abîme s’est creusé, chacun y travaillait de son mieux, avec une égale passion contraire, un égal oubli des commandements majeurs de ce Dieu dont chacun ne craignait pas de revendiquer le monopole. Douloureuse histoire, qui n’est à l’honneur ni de l’une ni de l’autre foi, désormais affrontées et ennemies, … » (148)

            «Toutefois ne nous laissons pas abuser par ces oppositions forcenées … »  « Dominantes à un certain niveau, celui de la controverse et de l’enseignement théologique, elles ne le sont plus au niveau de la vie quotidienne des simples fidèles…  Il se trouve des chrétiens, même venus de la gentilité, (mais parmi eux combien d’anciens « craignant-Dieu ?) pour fréquenter les synagogues, observer le code juif de pureté rituelle, le repos du sabbat, le grand jeûne de Kippour, les prescriptions alimentaires fixées par le « concile de Jérusalem » ( Actes 15). A la fin du 2ème siècle et au début du 3ème ces prescriptions sont de rigueur dans les chrétientés de Gaule et d’Afrique, elles garderont longtemps force de loi dans les églises d’Orient. » (152)

– La révolution constantinienne et ses suites.

            Renversement de situation au temps de Constantin : l’église chrétienne de persécutée devient victorieuse et bientôt officielle, le judaïsme [passe] d’un statut privilégié … à un système d’exclusions, d’interdictions, de vexations entre 312 et 337…

            L’enseignement du mépris.

           «… l’antijudaïsme doctrinal tourna bientôt à l’antisémitisme sous toutes ses formes, les plus dégradées, les plus nocives. » (p. 159)

            «… On doit le reconnaître avec tristesse : presque tous les Pères de l’Église ont participé de leur pierre, à cette entreprise de lapidation morale (non sans suites matérielles)» … «mais dans cette illustre cohorte, vénérable à tant d’autres égards, deux noms ont entre tous droit à une mention spéciale … Jean Chrysostome et Augustin … » (p. 161)

            En  386 Jean Chrysostome ordonné prêtre… «débuta par 8 homélies contre les juifs… » parce que [il y a] trop de «chrétiens judaïsants» … «C’est pour ces chrétiens de synagogues  que l’orateur prêche, tonne et foudroie pour les terroriser, leur inspirer une sainte horreur du judaïsme et des juifs … » (161)

         Une synagogue ? …  «demeure du démon, citadelle du diable, lieu de toute perversion,» – «et non seulement la synagogue, mais les âmes mêmes des juifs»

              Les juifs ? … des chiens … des porcs … des boucs … (p. 162 – 163)

            A l’adresse de ceux qui fréquentent encore la synagogue … «Ayant eu communauté avec ceux qui ont versé le sang de Jésus-Christ, comment peux-tu sans horreur venir participer à la table sainte, communier au précieux sang ?». (p. 164)

            Augustin «  moins violent … « Il n’en est pas moins passionnément hostile au judaïsme et aux juifs, pas moins soucieux de lutter contre leur influence persistante, d’en préserver les fidèles, de les munir d’une provision d’arguments valables en vue des controverses avec ces opiniâtres, ces réprouvés. » (p. 166)

            Devant un auditoire de catéchumènes … :  «La fin du Seigneur est venue. Ils le tiennent les juifs ; ils l’insultent, les juifs ; ils le ligotent, les juifs ; ils le couronnent d’épines, les juifs ; ils le souillent de leurs crachats, les juifs ; ils l’accablent d’outrages, ils le suspendent au bois, ils fouillent sa chair de leurs lances.» Quel texte ! Quelle exégèse !» (167)

            … « ’apport doctrinal propre à saint Augustin … destinée à la plus grande fortune (théologique) : la doctrine du «peuple-témoin » (168)

            «Si les juifs, qui ont refusé de croire au Christ, subsistent néanmoins, c’est qu’il faut qu’ils subsistent, c’est que Dieu l’a voulu ainsi dans sa surnaturelle sagesse, ils subsistent pour témoigner  et pour témoigner de la vérité chrétienne, ils en témoignent à la fois par leurs livres sacrés  et par leur Dispersion.» (p. 168)

            «Juifs, ils n’existent plus que pour porter nos livres pour leur propre confusion…»  Commentaire du ps. LVI § 9 (p. 170)

            Thème également familier à Augustin :«Fils aîné, le peuple réprouvé ; fils cadet, le peuple aimé. L’aîné sera l’esclave du cadet, ainsi les juifs par rapport à nous chrétiens … Caïn, ce frère aîné qui tua son cadet, fut marqué d’un signe afin qu’on ne le tuât pas, ainsi du peuple juif afin qu’il subsiste» (comme esclave porte-livre).» Comm. Ps. XL… (p .171)

            «… nous voyons la différence radicale qui sépare le système chrétien d’avilissement de son imitateur moderne le système nazi – aveugles et ignorants ceux qui méconnaissent leur mille liaisons profondes – : celui-ci n’a été qu’une étape, une brève étape précédant l’extermination massive ; celui-là, au contraire, impliquait la survie, mais une survie honteuse, dans le mépris et la déchéance ; il était donc fait pour durer, et pour nuire, supplicier lentement des millions de victimes innocentes…

            Théologiens impénitents, gardez-vous d’y mêler Dieu ; la vilenie humaine suffit.» (p. 172)

            Première ébauche du système d’avilissement

            Pas d’antisémitisme virulent dans le peuple chrétien, comme certains l’affirment sans y apporter la moindre preuve … «Ce que Chrysostome reproche aux chrétiens, ce n’est pas de détester les juifs, c’est au contraire de ne pas les détester, de trop judaïser.» (p. 174)

           «La condition des juifs dans l’empire commença de se modifier à partir de la révolution constantinienne… Le statut traditionnel fut maintenu. Il s’agissait seulement de les mettre hors d’état de nuire à la foi chrétienne et à sa diffusion. Mais à cette fin, il fallait préserver les chrétiens et les païens  de leur contact impur …» (p.174)

           Première loi anti juive de l’empire chrétien, dès 315 : prosélytisme juif puni de mort, protection officielle pour le prosélytisme chrétien ; différentes lois contre les synagogues ; vis à vis des esclaves juifs ; interdictions de fonctions publiques ; contre les mariages mixtes, plus tard (488) assimilés à l’adultère ; lois où l’influence de l’autorité ecclésiastique est «incontestable».

            C’est dans l’occident chrétien que le système d’avilissement appliqué aux juifs devait atteindre sa plénitude, «mais pas avant que l’Europe occidentale eut pris vraiment forme de chrétienté …» (223)

            Le pape Grégoire le Grand (590-604) a inauguré à l’égard des juifs une politique d’équité, d’humanité, de protection relative qui lui fait honneur, qui fera honneur après lui à d’autres papes …  (p.234)

            Formes diverses de l’antijudaïsme chrétien.

             Dans l’œuvre maîtresse de Grégoire le Grand : «Nul exemple ne peut être plus probant  puisque nous savons déjà pour l’avoir vu agir en chef d’Eglise et chef d’État, que ce grand pape, loin d’être un fanatique, s’est illustré par des qualités insignes, de générosité de cœur, d’élévation morale, d’équité, d’humanité.» (p. 287)

            «Il n’en est que plus frappant de constater la froide rigueur avec laquelle ce grand pape, ce noble esprit parle du judaïsme et du peuple juif et reprend à son compte la plupart des thèmes déjà traditionnels, sans en vérifier les fondements. Thème du judaïsme dégénéré à la venue de Jésus Christ, en proie à un formalisme orgueilleux et stérile : «Les meilleurs exemples n’ont pu amener cette nation grossière à servir Dieu par amour et non par crainte… Elle n’a été fidèle qu’à la lettre des préceptes divins», «Elle a cherché dans les paroles divines non un moyen de sanctification, mais une occasion d’orgueil.» (p. 289)

            «Une interprétation abusive de la parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare (Luc XVI, 19-35) interprétation qui lui est familière et deviendra courante après lui, fait du pauvre Lazare – juif pourtant lui aussi – l’incarnation de la gentilité tandis que «par le riche aux repas opulents le peuple juif est désigné» … ce peuple «dont la superbe va contre Dieu» … (p. 289)

            «Infiniment dangereux ce thème du peuple « charnel » » car il mène par une progression fatale à celui de peuple de «la Bête», de l’«Antéchrist», et du «démon», «animé d’une haine perverse, diabolique contre Dieu et ses défenseurs.»  «Parce que les cœurs des juifs sont vides de foi ils sont soumis au diable» entre autres citations du pape Grégoire Le Grand.

            «On retrouve ici le thème de la Dispersion, châtiment divin de la crucifixion, de la persécution des apôtres, de l’ingratitude des juifs envers Dieu.» (p. 291)

            Nombreux récits de «miracles», copiés les uns sur les autres sont diffusés, «récits de conversions miraculeuses.» «Et certes il était grand besoin de miracles – ou de contraintes temporelles – pour forcer à la conversion les cœurs juifs «plus durs que les rochers,» gémissait Grégoire Le Grand.»  (Hom. Sur les Evangiles) (p. 292)

            « Oremus et pro perfidis judaeis »

            Les prières pour les juifs semblent avoir occupé une place importante dans l’ancienne liturgie. Mais elles n’ont pas tardé à se réduire en nombre et à changer de caractère, à se charger plus ou moins explicitement d’animosité antijuive, en opposition flagrante avec l’objet et le sens de la prière, c’est-à-dire l’appel à la miséricorde divine. » (p. 297)… »

            «Dès les premiers siècles du Haut Moyen Age, une seule prière pour les juifs a subsisté, jusqu’à nos jours  l’Oremus du Vendredi saint.»

            «Oremus pro perfidis judaeis   … «Prions pour les perfides juifs, que le Seigneur notre Dieu lève le voile de dessus leurs cœurs, afin qu’ils reconnaissent avec nous Notre Seigneur Jésus Christ.

            «… qui etiam judaicam perfidiam a tua misericordia non repellis …» Dieu … qui ne refusez pas votre miséricorde aux juifs même après leur perfidie …»

            «Il y a dans cette prière une expression redoublée  -perfidis, perfidiam – qui sonne comme un outrage …  Il y a pire : à partir du 9ème s., alors que chaque intention de prière est suivie d’un «Flectamus genua – Levate» elle est supprimée dans la prière pour les juifs. On lit dans les missels après le «Oremus pro perfidis judaeis» : «On ne dit point Amen et on ne se met pas à genoux.»    N’étais-je pas fondé à écrire dans Jésus et Israël : «Mieux vaut nulle prière qu’une telle prière.» (298)

            «Le 10 juin 1948, la sacrée congrégation des rites émet l’avis suivant …  «… ne sont pas désapprouvées, dans les traductions en langues modernes, les expressions signifiant «infidélité, infidèles en matière de foi» (p. 299) (mais le texte latin reste jusqu’au lendemain du concile Vatican 2)

             «Ainsi transformée, la prière du vendredi saint pro perfidis judaeis se situe dans la ligne, tracée par les Pères de l’Église, de l’enseignement du mépris. Mais elle n’est pas un cas exceptionnel. Toute la vie liturgique – et particulièrement la liturgie de Pâques – s’est progressivement chargée d’animosité antijuive. Pour les mêmes raisons : pour élever une véritable barrière entre Chrétiens et Juifs, pour enflammer les cœurs chrétiens, les faire brûler d’un antijudaïsme inextinguible. Effort couronné de trop de succès.» (305)

            de l’Oremus aux impropères.

            Jules Isaac relève de nombreuses citations de commentaires liturgiques de la liturgie des jours saints comme celle du lundi saint dans «La prière de l’Eglise» de L. A. Molien (1924) : «On voit d’un côté l’humiliation et la patience du Christ, de l’autre la cruauté et la jalousie des juifs» (des juifs sans exception) ;

            Marc XI , 18 : « Toute la foule, (la foule juive) était saisie d’admiration pour son enseignement». (p. 307)

           «On voulait que la réprobation fut globale comme l’accusation, qu’elle jetât à tout jamais le discrédit sur «les Juifs», tous les juifs de tous les temps ; on y a parfaitement réussi et, par surcroît, on a eu le déchaînement des haines.» (308)

            Les Impropères chantés aussi le vendredi saint.

            «Qu’est-ce en effet que les Impropères ? «Les reproches que le Messie adresse aux juifs», répond Dom Guéranger. Le Christ rappelle toutes les indignités dont il a été l’objet de la part du peuple juif, et met en regard les bienfaits qu’il a répandus sur cette ingrate nation

            «Dom Guéranger ne dit pas tout : il n’avertit pas ses pieux lecteurs et auditeurs de ce qui caractérise les Impropères. D’une part tous les outrages, «toutes les indignités» subis par le Christ sont mis au compte des juifs, (soufflets, flagellation, couronnement d’épines) même si dans l’Écriture ils sont le fait de non-juifs. D’autre part, tous les bienfaits prodigués par Dieu à Israël, tels que la mission providentielle de Moïse, sont mis au compte de Jésus ; dans la problématique chrétienne le Christ et Moïse ne font qu’un, l’Ancien testament n’est que la préfiguration du Nouveau. Ainsi doivent se comprendre et s’expliquer les Impropères dont on ne saurait dire ce qui est le plus frappant : leur beauté ou leur iniquité.» (P. 309)

            O mon peuple, que t’ai-je fait, en quoi t’ai-je contristé ?
Réponds-moi ?
Est-ce parce que je t’ai tiré de la terre d’Égypte
Que tu as préparé une croix à ton sauveur ?

            Moi devant toi j’ai fait s’ouvrir la mer
et toi tu m’as ouvert le flanc d’un coup de lance.

            Moi je t’ai élevé par force surhumaine ;
et toi tu m’as suspendu au gibet de la Croix.
O mon peuple… »

            «Je crains que les Impropères entendus au sens littéral n’aient, depuis des centaines et des centaines d’années, ravagé les cœurs chrétiens, les remplissant à la fois d’amour pour le Christ et de haine pour «les Juifs», ses bourreaux. Je ne le crains pas. J’en suis sûr.» (p. 311)

            «N’en doutons pas, l’enseignement du mépris a trouvé là, dans la liturgie, son plus puissant renfort.» (312).

Conclusion :

          «L’antisémitisme chrétien n’a-t-il fait que prendre la suite de l’antisémitisme païen ? Est-il vrai, comme on l’affirme qu’il a été «essentiellement un phénomène populaire, (P. Daniélou) et que les pouvoirs politiques et religieux n’y ont pris qu’une modeste part ?» (p. 326)

            Ma réponse, nette et claire :

            «Il est né de l’antagonisme farouche qui, de bonne heure, a mis aux prises l’Église et la Synagogue, chacune se prétendant l’authentique Israël de Dieu. Il est donc, à sa base, non pas populaire, mais théologique, ecclésiastique.» (327)

            «Contre le judaïsme et ses fidèles, nulle arme ne s’est révélée plus redoutable que «l’enseignement du mépris», forgé principalement par les Pères de l’Église au 4ème s ; et dans cet enseignement, nulle thèse plus nocive que celle du peuple «déicide». La mentalité chrétienne en a été imprégnée jusque dans les profondeurs du subconscient. Ne pas le reconnaître et le souligner, c’est ignorer ou camoufler la source majeure de l’antisémitisme chrétien.

            Source majeure où les sentiments populaires ont pu s’alimenter, mais qu’ils n’ont certes pas créée. L’enseignement du mépris une création théologique. (327)

            «La déchéance du peuple juif devait apparaître à tous les yeux comme un sûr témoignage de son aveuglement et de la vérité chrétienne.»  (p. 328)

Notes de lectures (02/2023)

Jean-Pierre Jacob

Le livre est empruntable à l’accueil Patrimoine des médiathèques de Brest sous la côte : C4512